dimanche 2 avril 2017

Connaissez-vous Hugues Pagan ? Moi non !

Connaissez-vous Hugues Pagan ? Moi non ! et je n'aurai de cesse d'aller à sa rencontre. Pourquoi ? parce que c'est une partie de moi ; de chacun de nous. C'est comme un frère qu'on n'a jamais connu et dont on nous signale sa présence en ville.

 

C'est un pied-noir ; mais de ces français d'Algérie qui n'ont jamais eu l'âme du colonisateur et que l'histoire a accablés de tous les maux, parce que l'O.A.S l'a voulu ainsi. Il est né à El Asnam en 1947 et il a été forcé de partir en 1962 avec ses parents. Il ne s'en est jamais remis. En France, il poursuit ses études et devient professeur de philosophie en 1967. Il a à peine 20 ans. Cinq ans plus tard, il est reçu au concours d'inspecteur de police. Brigade criminelle de Dijon, Renseignements généraux de Belfort, 4ème division de la police judiciaire à Paris. Il quitte définitivement la police en 1991, alors même qu'il vient de recevoir « le Grand prix de littérature policière », à l'issue d'une carrière dont il gardera un « sentiment de gâchis et de dégoût », qui le poussera à se lancer dans une carrière de littérature policière qui l'amènera au-devant de la scène puisqu'il participera par son écriture et par son expertise à cosigner de grands succès de librairie mais aussi au cinéma et dans les séries télévisées.

 

Jusque-là, il n'y a pas de quoi susciter un intérêt particulier pour Hugues Pagan ni de quoi s'accrocher aux rideaux.

Oui, sauf que !

Il faut avoir un sacré courage pour écrire en étant officier de police des R.G, des romans dans lesquels il dénonce la violence exercée par l'Etat colonial. Son coeur est resté en Algérie. Il déclarera un jour : « Mon rêve serait de mourir sur le sol algérien. Je suis un exilé et cette France pétainiste, vichyste, autoritaire, avec ses relents de racisme anti arabe me révulse. Ici je ne suis pas chez moi ».

 

Au sein de la police, il dénote sérieusement. Il refuse de serrer les menottes jusqu'au sang, de tutoyer les interpellés et de traquer les jeunes des banlieues ; bref de faire du chiffre comme le demande la hiérarchie sous Sarkozy.

Au moment où en France l'opinion s'émeut des méthodes brutales et expéditives de la police, des homicides « involontaires » et des ripostes « en légitime défense », il a l'audace de déclarer : « je le dis depuis trente-huit ans : il y a une culture de la brutalité et du racisme dans la police nationale. On ne veut pas le reconnaître. Cela relève de l'omerta. Dès mon entrée dans la police, j'ai vu des passages à tabac. Y compris de la part de grands flicards qui sont aujourd'hui consultants pour la télévision ».

 

C'est plus que du courage et cela vaut bien un hommage ému et sincère, à la mesure de nos moyens, pour saluer l'homme, le frère que je n'ai pas connu, et l'ami que je rêve de rencontrer. Je vais lire tous ses livres, alerter ceux qui peuvent chez nous lui rendre l'hommage qu'il mérite et le rassurer en lui disant qu'il sera le bienvenu dans son pays à tout moment. Je vais tâcher de savoir s'il figure parmi la liste des invités au salon du livre d'Alger, s'il a déjà été invité et s'il a eu les honneurs de notre télévision nationale.

 

Si tel n'a pas été le cas, je n'accablerais personne, je n'adresserais de reproches à personne, je demanderais seulement à mes amis et à tous ceux parmi nous qui savent reconnaître les vrais hommes et les vrais amis, loin de la lumière et de la recherche de la célébrité, de nous organiser pour le faire venir chez nous, l'écouter nous parler de son pays, de notre pays, et l'assurer de notre admiration et de notre reconnaissance pour avoir eu le courage de dénoncer l'injustice là où l'intimidation et l'omerta sont la règle.

 

Saad Khiari, Auteur Cinéaste

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Source : Algérie Focus
Date : April 02, 2017 at 03:25PM

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